Education à l'image : présentation et objectifs

L’éducation artistique : c’est maintenant

En faisant de l’éducation artistique et culturelle une priorité, le président de la République a suscité de grands espoirs chez tous ceux qui travaillent à ces pratiques singulières d’«éducation à l’art et par l’art», de «formation à la culture par les pratiques culturelles». Artistes, enseignants, responsables éducatifs et culturels, élus locaux se sont investis, depuis plusieurs années, dans des projets associant le monde de l’art et de la culture avec celui de l’éducation : ateliers de pratique artistique, classes à projet artistique et culturel, jumelages entre établissements scolaires et culturels, résidences d’artistes dans les écoles, parcours culturels, formations des artistes et des enseignants… Ces activités sont un moyen essentiel pour donner sens aux apprentissages et revivifier l’institution scolaire, comme pour contribuer à l’émergence d’une société plus démocratique. Au moment où l’on parle de refondation de l’école, c’est à partir de ces travaux qu’une politique nouvelle doit être envisagée. Trois éléments complémentaires nous semblent indispensables, qui impliquent chacun des engagements très concrets.
D’abord la pratique artistique et culturelle doit être au cœur des dispositifs. «De l’expérience naît la pensée», disent les pédagogues ! Agir, faire, dessiner, jouer, danser, chanter… C’est éprouver par le corps ce que peut être une dimension véritablement esthétique. Imaginer puis réaliser un projet artistique ou culturel de qualité, se confronter à l’expérience vécue sont des points de départ indispensables. Il faut, pour cela, du temps, des espaces, des compétences : de l’architecture des bâtiments aux rythmes scolaires, en passant par la formation des enseignants et des intervenants, bien des chantiers sont à mener. Il n’y a pas d’éducation artistique et culturelle sans pratique personnelle.
Le rapport aux œuvres est la seconde nécessité. Il faut voir, lire, entendre, éprouver les œuvres du passé comme celles d’aujourd’hui, pour se forger progressivement un goût artistique personnel. La visite du musée ou du centre d’art, la sortie au spectacle, au cinéma, à la bibliothèque, les arts de la rue autant que le patrimoine architectural… peuvent être des occasions décisives dans la construction d’une authentique culture. Il faut, pour cela, une politique de création et de diffusion en direction des jeunes publics, des médiateurs compétents, des moyens de transports… Il n’y a pas d’éducation aux arts et à la culture sans fréquentation des œuvres.
Pour permettre ces deux premières exigences, on ne peut plus renvoyer aux seules initiatives des collectivités territoriales : un partenariat doit s’organiser avec les ministères de l’Education nationale et de la Culture qui doivent s’impliquer dans la formation des personnels, la production d’outils pédagogiques, la réflexion avec les partenaires sociaux sur la rémunération des artistes intervenants, l’aide aux projets. La disparité des territoires doit être compensée par une péréquation des crédits de l’Etat entre les collectivités territoriales, en même temps que doit être relancé le financement par l’Etat de ces activités : 1 000 euros par an et par classe pourraient être octroyés - cela représenterait à peu près le double du coût actuel des «internats d’excellence» (2).
La troisième condition du succès c’est l’appropriation, individuelle et collective, des expériences réalisées. L’aventure artistique est un point de départ exceptionnel pour des apprentissages techniques, des réflexions philosophiques, historiques… Les pratiques artistiques et culturelles, en elles-mêmes fondatrices de la «formation de la personne», permettent cette «inversion de la dispersion» plus nécessaire que jamais, favorisent la concentration, l’attention et la maîtrise de soi. Elles font passer le sujet de la gesticulation au geste, du bavardage à la parole. Il faut pour cela une politique nouvelle de formation des éducateurs et des intervenants. Il n’y a pas d’éducation artistique et culturelle sans appropriation des connaissances qu’ils véhiculent.
L’éducation artistique et culturelle ne peut être réduite à une nouvelle «discipline» au statut pour le moins discutable, comme «l’histoire des arts». Nous attendons le «plan national» promis par François Hollande, généralisant la notion de «projet éducatif artistique et culturel», mobilisant à la fois les mondes de l’éducation, de l’éducation populaire, de la culture. La refondation de l’Ecole de la république exige la formation de citoyens éclairés, créatifs, et pourvus de sens critique. L’éducation artistique et culturelle doit être au centre de cette rénovation indispensable pour «élever» l’élève et faire de lui un citoyen créateur dans un monde solidaire.

Par Un groupe d’artistes, d’enseignants et de chercheurs / Marie-Christine Bordeaux Maître de conférences, Grenoble-3 Patrick Bouchain Architecte Jean-Gabriel Carasso Auteur, réalisateur Pascal Collin Dramaturge, metteur en scène Jean-Pierre Daniel Cinéaste pédagogue François Deschamps Président de la Fédération nationale des associations de directeurs des affaires culturelles Alain Kerlan Philosophe, directeur de l’Institut des sciences et pratiques d’éducation et de formation (Ispef), Lyon-2 Jean-Claude Lallias Professeur de lettres Geneviève Lefaure Présidente de Scènes d’enfances et d’ailleurs Philippe Meirieu Pédagogue, Lyon-2 Thierry Pariente Directeur de l’Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (Ensatt), Lyon Claire Rannou Déléguée nationale de l’Association nationale de recherche et d’action théâtrale (Anrat) Robin Renucci Directeur des Tréteaux de France, président de l’Aria Emmanuel Wallon Sociologue, Paris-Ouest-Nanterre.

(2) Il y a environ 500 000 classes en France (tous établissements, primaires et secondaires, privés et publics) et le budget des internats d’excellence a été de 200 millions d’euros pour 2011.

pdfCommuniqué de Presse des Enfants de Cinéma

Lire l'interview de de Jean-Xavier de Lestrade (Télérama du 29/09/2012)

« Pour l'enfant, créer, c'est se réinventer,et c'est finalement la capacité de choisir sa vie. En matière d'éducation artistique,il est donc urgent de passe aux actes. »

Vous êtes un défenseur acharné de l'éducation artistique à l'école, elle n'a pourtant jamais été aussi maltraitée. Pourquoi ?

J'ai l'impression que, d'une manière ­générale, la culture est aujourd'hui presque considérée comme un gadget par les politiques. On en parle, on la met en avant, on s'affiche avec des artistes influents parce que c'est bien pour l'image, mais est-on réellement convaincu de son importance ? Nous sommes un des pays européens où l'éducation artistique est la plus mal lotie. Il existe pourtant un consensus droite-gauche sur la nécessité de la renforcer. Or, qu'a-t-on fait depuis quinze ans hormis nous étourdir avec de séduisantes promesses ? Rien ou presque. Le pathétique le dispute au ­comique. C'est très symptomatique d'une classe politique qui se gargarise de belles paroles mais se révèle incapable d'agir, tout particulièrement en matière de culture et d'éducation.

Comment en est-on arrivé là et que faudrait-il faire ?

Les matières artistiques n'ont tout simplement jamais été une priorité de l'Education nationale. Pourtant, ce sont elles qui permettent à l'enfant de développer ses capacités d'invention, d'adaptation, d'initiative. Elles qui permettent de développer et de construire une sensibilité propre, de dépasser le « j'aime/j'aime pas » ou le « c'est pas beau/c'est beau ». Elles encore qui permettent d'éduquer un regard, d'apprendre à voir, à qualifier, à nommer, à relier. Elles qui permettent d'accéder au sens, à l'imaginaire, au symbolique. Elles enfin qui permettent, dans une société où la culture de l'image publicitaire et télévisuelle est omniprésente, de dépasser les pièges de la fascination et d'abandonner un regard naïf pour un regard critique et éclairé. C'est à travers l'expression de ses aptitudes artistiques que l'enfant apprend à mieux identifier qui il est, et donc à se choisir une autre vie que celle imposée par un déterminisme social ou familial. Pour l'enfant, créer, c'est se réinventer, et c'est finalement la capacité de choisir sa vie. Il est donc urgent d'en finir avec les belles paroles et de passer aux actes (…)

Interview de Jean-Xavier de Lestrade (Télérama du 29/09/2012)

Ci Contre un Court-métrage de fiction réalisé en 3 jours par l'Association D'Asques et D'Ailleurs avec les collégiens et lycéens de Gironde dans le cadre du Festival International du Film Indépendant de Bordeaux.